RECHERCHES ANTHROPOMÉTRIQUES SUR LES ANTANDROY.
Vétérinaire à Fort-Dauphin (Madagascar)
Voici les résultats que m'ont données les mensurations que j'ai faites
sur un certain nombre d'Antandroy appartenant aux tribus les plus
différentes.
J'ai opéré sur un grand nombre d'individus, 700 environ.
Dans la présente étude, je m'en tiendrai à l'examen de l'indice céphalique,
de la taille, de l'envergure, de la longueur des pieds et des mains. Je
réserve à plus tard l'examen détaillé de la tête.
Je ne fais pour le moment aucune hypothèse sur l'origine des Antandroy,
les documents anthropométriques sur les races d'Afrique et de
Polynésie me faisant encore défaut.
Les Antandroy appartiennentaux races humaines sous-dolichocéphales
ou sous-brachycéphales, leur taille est légèrement au-dessus de la
moyenne, leur teint est chocolat et leurs cheveux très ondulés. Ils
forment une race assez pure, sans trace manifeste de métissage.
Seul l'examen des indices céphaliques pourrait conduire à l'hypo
thèse de l'altération du noyau primitif par une race franchement sousbrachycéphale
; mais ce n'est là qu'une opinion qui appelle confirmation.
I. — Valeur de l'indice céphalique.
La courbe montre que la majorité des Antandroy ont un indice céphal
ique de 76, 77, 78, 79 et 80. Au dessous de 76 la courbe descend progres
sivement conformément à la loi de Quetelet démontrant ainsi qu'aucune
race plus dolichocéphale n'est venue se mêler au noyau précédent.
La courbe ne variant qu'autour d'une seule moyenne, il est à présu
merq ue la race est en général assez pure. Les Antandroy forment, si
nous ne considérons que leurs indices céphaliques, une agglomération
assez homogène; rien ne nous autorise à écrire qu'ils sont des métis.
A fortiori est-il téméraire de préciser et d'en faire des métis arabo-cafres.
Ces derniers ont, en effet, un indice céphalique sur le vivant très faible
(74,5) et celui des Arabes ne dépasse pas- la- moyenne de 76,3. L'associa
tioden ce s deux races ne donnerait donc jamais un indice aussi élevé
que ceux qui se lisent sur la partie gauche de la courbe.
Quant à affirmer qu'il y a eu simplement altération partielle du groupe
Antandroy primitif par des invasions arabes, c'est sans doute chose
ROUQUETTK.
RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES SUR LES ANTANDROT 321
possible, mais la preuve n'en est pas donnée par la courbe que nous exa
minons.
Outre le groupe sous-dolichocéphale, les Antandroy comprennent pas
mal d'individus à indice beaucoup plus élevé. Sur500 individus, 132 soit
26 0/0 ont un indice céphalique égal ou supérieur à 80. La proportion est
encore accrue dans le sud du district d'Ambovombe où elle atteint 28 0/0
alors que dans le district deTsivory et àAntanimora elle tombe à moins de
23 0/0. Je suis persuadé que ces Antandroy à crâne très élargi ne repré
sentent pas les formes extrêmes du groupe sous-dolichocéphale. Je crois
qu'il y a eu ici altération de la race. Dans le cours de mes prochaines
tournées, je chercherai spécialement ces individus a crâne élargi afin d'é
tudier si les caractères généraux de l'organisme sont chez eux identiqnes
aux caractères présentés par les formes sous-dolichocéphales.
La considération de l'indice céphalique nous permet de séparer radical
emenltes populations Antandroy des populations Antavaratra et Antesaka
beaucoup plus dolichocéphales. Les courbes obtenues le montrent suf
fisamment pour qu'il ne soit pas utile d'insister longuement.
Par contre les indices céphaliques ne m'ont pas permis jusqu'à ce jour
de distinguer les Antandroy des Tanony. La plupart des indices leur sont
communs.
» Taille et tronc.
La taille des Antandroy oscille autour de 1 m. 67. Les variations indivi
duelles sont excessivement prononcées ainsi que le montre la courbe cicontre.
La grande envergure nous donne la longueur relative des bras et de la
taille. Elle atteint chez les Antandroy 104 en moyenne. Nous sommes donc
bien au-dessous de la grande envergure des nègres, mulâtres et iroquois
cités par Gould dont l'indice moyen atteint 108,1 et 108,9. Nous
sommes également éloignés des races qui comme les Arabes ont une en
verguretrès courte (101,3).
La courbe ne montre aucune trace évidente de métissage et permet en
outre d'exclure l'influence des Bantous et des Arabes.
Le tronc des Antandroy mesuré au compas est court. Les points de
repères choisis ont été la proéminence de la 7e vertèbre cervicale et la
naissance du périnée.
Largeur des épaules.
La figure n°l nous donne la largeur des épaules lorsque la taille
est égale à 100. La valeur moyenne oscille autour de 21,75; la courbe
s'abaisse insensiblement à droite et à gauche, donc pas trace de métissage.
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Les Antandroy sont moins trapus que les Belges, les Chinois, les Java
nais qui ont comme indice respectif 23,4, 25.2, 24.11s sont moins élan
cés que les Arabes dont l'indice est de 21,1.
Largeur du bassin.
La figure n °2 nous donne les proportions qui unissent la taille à la
largeur du bassin. Pour une taille égale à 100, la largeur bi-ischiale atteint
la moyenne de 64,5 environ.
La courbe offre suffisamment de régularité pour qu'on puisse conclure
qu'elle ne révèle aucune trace de métissage.
Longueur des mains.
La longueur moyenne de la main est un peu inférieure à 12,0.Les varia
tions comme toujours oscillent autour d'un seul sommet. C'est une nouv
elle preuve de la pureté relative de la race. La courbe s'abaisse très
rapidement a gauche. A droite un assez grandnombre d'individus ont un
indice de 11,75 11,50 et 11,25. Des mensurations plus nombreuses mont
reront seules s'il s'agit là d'un pur hasard ou bien si nous avons affaire à
un faible groupe sensiblement différent du noyau qui a 12,0 comme
indice moyen.) Dans la dernière hypothèse, il y aurait eu altération de la
race par des tribus à bras plus raccourcis.
Les mains des Antandroy sont plus courtes que celles des Allemands
(12,7 des Chinois (12,8).
Longueur du pied.
La courbe n°2 représente un assez grand nombre d'irrégularités qui ne
tiennent sans doute qu'au nombre insuffisant des individus mensurés. La
moyenne oscille autour de 15,75. Le pied des Antandroy est donc très sen
siblement plus long que celui des 27 Arabes cités par le Dr P.Topinard
(13,4) dont l'indice (13,4) n'est même pas représenté dans la courbe. Donc pas
de mélange arabe.
La longueur relative de pied se rapproche de celle des mulâtres, des
néo-calédoniens; elle parait ne pas atteindre la moyenne constatée sur
les 2.020 nègres de l'Afrique mensurés par Gould.
L'examen du pied et de la main ne justifie donc en rien l'hypothèse
qui fait des Antandroy des métis arabes-bantous.
Conclusion. — L'examen des principaux éléments du corps des Antan
droyp ermet donc de conclure : 1° qu'ils ne sont pas des métis; 2° que
ROUQUETTE. — RECHERCHES ANTHOPOLOGIQUES hUR LES ANTANDROY 323
seraient- ils métissés, les éléments du mélange ne devraient être cherchés
ni parmi les Arabes, ni parmi les Ban tous.
Si les Antandroy étaient formés par l'union des deux races différentes,
conformément aux lois de Mendel et à celles de Quetelet, les faits suivants
devraient être constatés : la valeur d'une dimension donnée mesurée sur
un grand nombre d'individus oscillerait autour de deux moyennes, ces
deux moyennes représentant la valeur de cette dimension dans les deux
races pures. Si les Antandroy dérivaient, par exemple, de la fusion d'in
dividus brachycéphales et d'individus dolichocéphales, les deux indices
extrêmes se montreraient très nombreux alors que dans la courbe n° 4
ils sont l'e xception.
Je dis donc que les Antandroy ne sont pas des métis parce que, confo
rmément à la loi de variabilité, la valeur d'une dimension quelconque du
corps ne varie qu'autour d'une seule moyenne.
Les Antandroy n'ont rien de commun avec les Bantous puisque leur
indice céphalique, leur grande envergure sont absolument différents.
Ils n'ont aucun point commun avec les Arabes pour les mêmes raisons;
il suffit de se rapporter au texte et aux courbes précédentes.
JE VAIS ÊTRE DIRECT CELA RESSEMBLE BEAUCOUP A DES VENDEURS D'HOMMES, ET ESCLAVES, DE BONNES DENTS, PLUS NOIR, PLUS... COMME CELA A ÉTÉ FAIT POUR LES TUTSI ET LES HUTU, CE QUI A CONDUIT AU GÉNOCIDE RWANDAIS. MAIS CA RESTE TRÈS INTÉRESSANT, A PRENDRE AVEC LE RECUL NÉCESSAIRE